27 février 2010

. A Single Man .

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Tom Ford, couturier, a réalisé son premier film, tiré d'une nouvelle « A Single Man ». (trailer)

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Hier, nous sommes allés voir, une fois n'est pas coutume, un film en famille. Ce film, en VO. Je suis encore sous le choc, sous le charme. Je pense encore en anglais. C'est un film magnifique, intense, douloureux, si bien fait que l'on passe du rire aux larmes en quelques secondes. Pas de stupides larmes, non. Des sanglots sincères et irrépressibles. Voir la façade d'un homme amoureux s'effondrer, ne laisser place qu'au vide, qu'au rien, qu'au néant, qu'à l'inévitable suicide que lui inspire la mort de cette personne, Jim, son amant. Seize ans qu'ils étaient ensemble, et nous voyons, avec ce côté méticuleux que j'ai beaucoup apprécié, le déroulement de cette journée qui lui indiquera s'il doit vivre, ou mourir.

Georges (Colin Firth) vit seul dans ''la maison de verre'', leur maison, aux côtés de leurs voisins amicaux ou méprisants, ainsi que leurs enfants dérangés et dérangeants. Certains personnages marquent plus que d'autres, évidemment. Charley (incarnée par Julianne Moore), ainsi que Kenny Potter (Nicholas Hoult), qui réussit à sortir admirablement du personnage de Tony dans Skins, pour se vêtir de cette toge d'étudiant mystérieux qui se cherche, qui cherche dans Georges ce dont il a envie d'entendre, ce dont il a besoin d'entendre.

Le film se passe au début des années soixante, 1962, exactement, aux Etats-Unis, Le conflit USA/Cuba fait rage, et débat, à la radio et à la faculté où Georges Falconer, professeur d'anglais, exerce. Il ne semble pas fonder son point de vue comme les autres, ceux qui ont ''peur'' de Cuba. Il se forge son propre avis sur une Amérique qui, ironiquement, ne tardera pas à devenir ce qu'il en décrit. Georges parle de la peur, à ces étudiants bornés et, pour la plupart, stupides, inintéressés. Et pourtant, parce qu'aujourd'hui est différent, il leur parle d'autre chose. De cette peur qu'à la majorité face à une minorité. La majorité a peur et devient haineuse, mais la cause de cette haine est imaginaire, puisqu'elle est engendrée par la peur que cette minorité grossisse et prenne plus d'ampleur. Et la majorité a bien évidemment peur de la minorité ''invisible''. Monologue fascinant où, gênés, deux hommes de cette minorité invisible détournent les yeux. Il devient évident que Georges parle de la communauté homosexuelle. Deux étudiants le fixent. Loïs, la terrible blonde qui fume dans l'amphithéâtre, qui semble n'avoir peur de rien, d'après son voisin, Kenny Potter. Ses yeux bleus sont terriblements attirants, aimantés sur le visage de Georges, et le sourire flottant vaguement sur ses lèves renforce encore sa gueule d'ange innocent. Superbe. Moi, en bonne fan de Skins, me suis écriée (intérieurement): « Il prépare quelque chose ! Il fomente un complot ! » Mais que dalle, chérie. Il est absorbé, il boit les paroles de l'enseignant.

Pendant toute la durée du film, nous voguons, entre flashbacks et ''réalité'', ''moment présent'' (très importante, d'ailleurs, cette conversation récurrente à propos du moment présent), de gros plans sur des yeux, les yeux eye-liner de Charley, de la secrétaire de la fac, ou encore Loïs (Brigitte Bardot en mieux). Les bouches ont un sérieux impact, aussi. Lèvres rouges et souriantes, ainsi que la bouche sensuelle du prostitué espagnol, Carlos (Jon Kortajarena), noyée dans la fumée de sa Marlboro (James Dean en mieux).

J'ai trouvé effrayante cette manière de filmer, inquisitrice, méticuleuse, lent, fascinante. Cet humour omniprésent, aussi, les dialogues, les comiques de situation (pour moi, la scène de la tentative de suicide est devenue culte). Ses plans décolorés lorsque le caméraman filmait Georges, ces couleurs vives lorsque Charley ou Kenny passaient à l'écran. Et Jim... Surtout Jim. Sa mort et ses apparitions sont une plaie béante pour Georges, blessure inguérissable qui se transmet au spectateur. Les rares moments où ils se touchent ont failli me faire craquer et sangloter, je me rappelais que Jim était mort et que tant d'amour dans un geste était presque douloureux et magnifique, et ça me ramenait invariablement à... À toi.

(Le monde n'a pas tant changé, depuis les années soixante. Je parle ici de moeurs. Si le spectateur hoche la tête en se rassurant, se disant que de nos jours, le petit copain sera immédiatement invité et accueilli aux funérailles de son défunt amant, qu'il se trompe. Ce genre de choses arrivent encore, malheureusement.)

Pendant ce film, j'ai énormément pensé à toi, et je ne sais pas si Tom Ford en a voulu ainsi, mais lorsqu'on a sous les yeux l'expression, la preuve d'un amour aussi fort et solide, par sa simplicité, on ne peut que penser à cet amour incroyable que l'on vit, que l'on a vécu (ou que l'on vivra, pour certains cas à part...). Troublantes pensées qui nous viennent lorsque nous constatons le néant qu'est devenue la vie de Georges, après la mort de Jim. Nous souffrons, inexorablement. J'ai ravalé mes larmes, ai pensé : « Serais-je capable de tenir au moins huit mois ? Me réveiller sans avoir l'espoir de lire tes mots, d'entendre ta voix, de presser entre mes mains ta chair chaude et bien vivante ? Non, assurément. ». Une puissante envie de vivre ressort de cette constatation. « Je veux vivre le plus longtemps possible », ai-je pensé plus tard. Mais la mort de Jim, accidentelle, fortuite et dégueulasse nous ramène tout de même à ce dicton stupide. Vis le moment présent. Alors, pour ne rien regretter, car je veux te le dire, que je t'aime, ici et maintenant. A Single Man réussit ce tour de main, capter le spectateur par toutes les cellules de son corps, le maintenir dans cet état de fascination, de paralysie que provoque un vrai film. Pas comme ces horreurs qui passent en ce moment, sans scénario étonnant ou autre. A Single Man restera pour moi un souvenir délicieux et tenace. Je ne le laisserai pas partir.

Pour finir (oui, il est temps), et bien qu'étant une jeune fille en fleur, avec son explosion d'hormones, donc incapable de discerner un bon film d'un mauvais, je voudrais quand même contredire ce type-là (vois, lecteur, comme le vocabulaire change quand c'est la sale gamine qui reprend les commandes). « Un film en papier glacé... » « Tom Ford ferait mieux de faire ses robes », machin. Eh bien, moi, toute conne que je suis, remercie Tom Ford de s'être détourné de ses créations de mode. Je trouve ça naturel, premièrement, que chaque seconde du film soit minutieusement étudiée. Le personnage principal étant d'origine anglaise, suivant le cliché (ou non) de l'Anglais par excellence – bien que Georges soit limite maniaque – la droiture (et l'élégance) du film qui nous est donné à voir est parfaitement ordonné, dans le sens de l'origine de l'acteur, de son caractère, aussi. Ce film, relatant une seule journée dans la vie de Georges, peut-être la dernière, doit être évidemment organisé, détaillé, rangé. Il fait ses comptes, se remémore des anecdotes où apparaissent Jim, tout ce qui a un rapport avec la tragédie. Deuxièmement, j'ai apprécié la lenteur des dialogues. Comme s'ils prenaient le temps de réfléchir. Ce temps de réflexion se perd justement de plus en plus, maintenant. Et ce sont ce genre de bons points que j'aime relever.

Merci pour cet excellent film. Et vive le cinéma ! (cf Quentin Tarantino, bande d'incultes.)

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Posté par Dim-Scene à 12:51 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur . A Single Man .

    Oh mon dieu...
    Je comprends mieux. Ça doit être... Bouleversant.
    Tenir huit mois sans la personne que l'on aime plus que tout au monde... Supporter la rupture avec cette personne est déjà dur, je pense pouvoir en témoigner, mais son décès...? Et pendant huit mois ?
    ...

    Ça me donne envie de voir ce film. Je ne sais pas si c'est à cause de ta manière de décrire les choses, ou simplement parce que j'aime les films à l'esthétique soignée, mais ça me fait envie.

    Merci.

    <3

    Posté par Yaki <3, 27 février 2010 à 13:10
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