09 mai 2010

. What you waiting for ? .

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    Parfois, je me dis que ce n’est plus la peine de se battre. Que je devrais simplement prendre une souris, cliquer sur toutes les croix que je vois, et en finir, avec toutes ces amitiés étranges et dissoutes que j’entretiens. C’est comme observer un fil en charpie, qui ne tient qu’avec un infime lien. Si tu n’as rien sous la main, ni  fil de fer, ni fil de nylon, tu es face à deux choix : regarder le fil se tendre, de plus en plus, jusqu’à ce que les deux brins brisés se retrouvent dans ta main, soit le couper directement. Tu n’es pas patiente, tu es pressée, trop pressée, et tu en as marre d’attendre que quelque chose, du fer, tombe devant tes yeux. Pour continuer sur ma stupide métaphore filée, il y a comme qui dirait une pénurie de fer, en ce moment. Je n’ai plus le courage d’entretenir des liens trop fragiles. Je suis usée. Autant de mes caprices que des vôtres. Parfois, un regain de fierté, j’envoie des messages, demande des nouvelles, et réciproquement, mais plus rien ne nous lie vraiment. A part une adhésion au groupe d’amis d’untel sur Facebook, que faire de plus ? Je vois mes amis d’enfance grandir sans moi, loin de moi, et ce n’est pas plus mal. Et ces amitiés d’internet, que je croyais impérissables, car virtuelles… Elles me font rire, oui. Elles me font rire jaune, néanmoins.

   Je hais l’adolescence. Je déteste le changement. Changement ne peut être qu’un synonyme d’éloignement. De votre éloignement par rapport à moi. Et si je reste ? Et si je continue d'avoir les mêmes centres d’intérêts, presque du fanatisme, à vrai dire, mais quelque chose de vrai, qui m’aide à vivre ? C’est que je suis encore une enfant ? Est-il vraiment nécessaire de changer ? Je ne crois pas. Je change, tout de même, tout en restant la même petite fille qui a peur de la cave, de l’obscurité, des orages et des araignées. Que faire, dans ce cas ? Me forcer à m’habituer à votre éloignement, quitte à subir votre délicieuse froideur ? Prendre des ciseaux et couper tout ce qui s’abime ? Ça ressemble déjà plus à mon caractère. Alors leurs « Prenez de ses nouvelles sur Facebook ! » et les contacts de mon répertoire qui ne signifient plus rien qu’une vague indifférence de ma part.

    Vous voyez, si seulement les lapins étaient sages… Je pourrais les nourrir gentiment, jour après jour… Oh, bien sûr, ils ne communiquent pas entre eux, mais je pensais qu’ils étaient heureux comme ça… Leur installer une autre porte que celle qui donne vers moi m’ennuie profondément, pire, m’irrite, me met en colère, me panique, mais… Qu’ils s’enfuient, qu’ils s’enfuient, je l’aurais bien mérité. On n’enferme pas des gens comme on enferme des lapins dans des cages. Quel dommage. Expliquer ce sentiment est trop fatigant, trop douloureux. Je voudrais vous crier de ne pas vous lier entre vous, que vous m’appartenez, que vous n’avez pas le droit de me faire ça, de me supprimer en tant qu’intermédiaire. Je ne vis plus, alors ? Je n’existe plus pour vous ? Quelles autres histoires allez-vous vous raconter entre vous, quelles histoires que je ne sais pas ? Qu’allez-vous faire, si je suis malheureuse de votre amitié ? Laissez passer. Ignorez-moi. C’est la meilleure des solutions, et ça me confortera dans ma petite douleur d’inexistence. Il faut juste que je m’habitue au changement. Une mauvaise période s’annonce. Je m’arme de mes ciseaux, prenez garde à vos oreilles.

    Je ne deviendrai ni un lion, ni un enfant, ni un oiseau. Je ne serai jamais un esprit pur, je ne volerai jamais au-dessus de vous, fière comme un aigle et gracieuse comme un cygne. Je resterai un chameau, je crois. Quelle tristesse d’avoir deux bosses, au lieu de deux ailes. Quelle tristesse de n’avoir que les bagages des souvenirs douloureux sur son dos, quelle tristesse de redonner du poids aux personnes que je voudrais chérir plus que mes propres parents ? Quelle tristesse.

   Fin de partie, j’ai perdu, j’abandonne le jeu. Je n’ai jamais été une bonne joueuse, je suis même très mauvaise perdante. Mais maintenant que je suis embourbée dans mes mensonges plus gros les uns que les autres, je n’ai plus rien de scrupuleux, alors autant me mettre en colère. Je ne m’émeus plus quand on m’annonce des morts, je ferme les yeux sur les pistons des concours. Elle a bien changé, la petite demoiselle de troisième, qui se rendait malade au moindre mensonge. Elle est loin, maintenant.

   Je change, moi aussi. Sans l’accepter. Mon corps ne change pas, mes cernes s’allongent et ma vue baisse. C’est donc comme ça que l’on vieillit… Bientôt, je serai tatouée, je ferai grandir mon petit corps à ma façon. J’espère perdre mes deux bosses. Réaliser mes rêves, avec « mon culot et mon talent ». On verra.

   Et peut-être qu’un jour, les murs s’effondreront d’eux-mêmes. Trop mal entretenu, mon clapier tombera en morceaux. Ou peut-être que c’est moi, le lapin en cage. Donnez-moi une lime, un lance-flammes, qu’importe. Mes deux bosses ne passeraient pas à travers les barreaux, pour l’instant.

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Posté par Dim-Scene à 20:15 - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires sur . What you waiting for ? .

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    Très beau texte, comme d'habitude...
    Je me reconnais beaucoup dans ce que tu écris, c'est normal ?
    Je suis complètement déboussolée en ce moment. J'avais des repères, ils se sont évanouis. Je suis triste que notre amitié (notre amitié à toutes les deux, notre amitié à toutes les trois) se soit effilochée comme ça, de malentendus en maladresses et en disputes. Je voudrais repartir de zéro, signifier à nouveau quelque chose pour vous, ou au contraire me dire que je n'ai pas besoin de vous et que je suis grande et indépendante, mais la première solution ne fonctionne pas et j'ai beaucoup de mal avec la deuxième. J'ai du mal quand je vous vois rire toutes les deux, faire des allusions à des blagues entre vous, à des moments passés qui ne me regardent plus. Mais je ne peux pas m'imposer, j'ai plus la force et j'ai pas le droit. J'ai du mal à regarder certaines photos, à me souvenir de certains instants et à reconnaître que, ouais, c'est fini... C'est fini ? J'ai surtout du mal à soulever le capot et à regarder dans mon ventre à moi, à constater mes petites pourritures et mes grosses erreurs, à admettre que alooreuh, le joint de culasse est foutu et les bougies sont à plat, tout est à changer ma petite dame, et qu'il se peut que ça me coûte bonbon.
    C'est difficile de grandir. L'année prochaine je ne vous verrai plus. Ça n'a l'air de vous faire ni chaud ni froid. Tant mieux, en un sens. Ce que je retiens de cette histoire, c'est que c'est juste... triste, tellement triste. La vie passe et elle ne se retourne pas.
    Wouh, je n'avais pas prévu de faire un commentaire si long, et je ne sais pas du tout si c'est le moment et le lieu, mais j'avais besoin de communiquer sur mon ressenti sur cette affaire. Ce serait bien que l'on puisse communiquer. Chaque jour est différent et apporte son lot de mauvaises ou bonnes surprises, il y a des jours où c'est presque (j'ai dit presque) comme avant, et puis d'autres, pfff... Je ne sais plus quelle position adopter. Je suppose que ce serait bien que j'arrive à être moi-même, mais alors chez moi, la moi-même, elle est tellement bien cachée que je galère un peu pour la trouver.
    Je m'arrête ici...
    Mercredi, on va s'acheter des robes, pour le bal, toutes les trois. Ça pourra être bien.
    Bisous,
    Zoé

    Posté par Zoé, 10 mai 2010 à 20:58
  • Ce que tu dis est si vrai. Je ne sais pas si je suis la mieux placée pour le dire. Ou alors si, par prétention, j'aime à penser qu'il y a un peu de moi ici. Je vais donner dans la généralité mais je crois que c'est le lot de tout le monde. J'en ai pleuré sur des amitiés que je pensais qui continueraient même avec de l'éloignement. Au final: rien. Évidemment rien puisque je suis aussi en tort. Tu as au moins pris quelques nouvelles. Je crois que rien que cela, c'est déjà beaucoup. Peu de gens le font, moi-même pas assez, "mea culpa mea maxima culpa"... Mais alors quoi? Tout envoyer ballader? Nos souvenirs, nos fous rires et les petites piques méchantes partagées pendant un moment reviendront toujours vers nous. Histoire de se rappeler à notre bon souvenir. Il arrive que l'on pense qu'il ne fallait pas qu'elles se donnent cette peine. Malheureusement il le faux car par ces choses là on se souvient de qui on était nous. Était-ce mieux? Pire? Je ne peux pas répondre et je pense que déjà ce commentaire sera probablement le plus inutile de tous et ne te réconfortera pas beaucoup même si j'espère vraiment que ton bonheur durera quand tu le retrouvera.
    Une dernière petite chose, le fil si ténu soit-il ne peut-il pas rester encore intact? Je suis sûrement naïve mais je veux penser que même s'il s'efface petit à petit il restera toujours un tout petit lien pour jamais.
    Peut-être à bientôt,
    peut-être ai--je sombré plus bas encore dans ton estime, mais malgré cela je pense ce que j'ai dit.
    Porte-toi bien. ^^
    Laurianne (qui n'arrive toujours pas à se détacher du enfantin; personne n'est totalement mature)...

    Posté par Laurianne, 20 mai 2010 à 21:19
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